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Déçu par les standards du web ?

Une réaction du jour de la part du journaliste Luc Saint-Elie me pousse à réagir, tout au moins à lui répondre pour le rassurer sur le bien fondé des standards du web ;-)

Lu aujourd'hui sur son blog : Quelques pensées matinales sur les “standards du web”

A la lecture de ce billet on ressent progressivement la frustration de Luc devant cette nouvelle norme appelée "Standard du web", qu'il préfère nommer "concept" ou "truc hype du moment des designers" (pour ne retenir que ces deux là).

Ce type de billet évoque tout d'abord, pour ma part, une réaction d'incompréhension qui se traduit mentalement par "Mais il n'a pas compris ? ou bienngue ? "

Puis, avec le recul et la digestion de ce long argumentaire, je me remets en cause et tente de comprendre les raisons qui ont poussées Luc à publier ce matin ce billet mûrement préparé, sachant pertinemment que les réactions de la blogosphère allaient suivre...
J'apprécie la franchise de l'homme : la confrontation d'idées (constructives) permet toujours d'enrichir l'opinion voire de faire progresser les idées. Mais je reprocherai plus au journaliste de ne pas avoir bien cerner son sujet, malgré les nombreuses précisions apportées.

De manière tout à fait "objective" (enfin je vais tenter car après tout c'est encore moi qui rédige et qui engage donc une certaine opinion, mais essayons !) :
- OUI, les standards du web sont difficiles à mettre en place : il s'agit d'une évolution logique, non d'une révolution
- OUI, les standards du web peuvent coûter plus chers qu'un développement full-HTML (toutefois : qui fait encore du full-html ?) : cela dépend comme toujours de l'ampleur du projet et de sa conception en amont. C'est évident. Toujours objectivement : tout projet un minimum sérieux ne se jette pas directement en production sans avoir été réfléchi !
- OUI, il y a aujourd'hui peu ou absence d'outils efficaces, d'aide riche et abondante, de documentations claires pour la production.
- OUI, les standards du web n'en sont qu'aux balbutiements (ce qui explique les trois points précédents)

Mais force est de constater que malgré une bonne maîtrise du sujet, après tout Luc est journaliste ! Ce n'est pas ici une remarque toute pondue pour une critique à laquelle il s'attend. Non. En tant que designer, qui met aussi la main dans le camboui du code et qui travaille quotidiennement avec des développeurs, je me dois de préciser que tout ceci est NORMAL dans la mesure où Pompéi ne s'est pas construite en jour. Paris n'en plus et j'en passe...
Les standards du web, bien que non récents, arrivent dans un marché internet et, plus largement : numérique, qui commence sa maturité et se professionnalise. Rappelons-nous humblement que nous vivons la préhistoire du réseau. Les standards, loin d'être une philosophie d'élite ou encore un concept de geeks et de designers, remettent en cause beaucoup d'acquis et de bidouilles, nécessitant une complète remise en question intellectuelle de la conception des pages internet. c'est forcément dur, répugnant, fastidieux. Pour ma part (interlude subjective) : il m'a fallu accepter de remettre en question 6 ans d'acquis qui devenaient une maîtrise. (fin interlude)
Les standards sont bels et bien une réalité, pour ne pas dire une inévitabilité de la part de ceux qui en sont déjà convaincus. Aujourd'hui passe par cette évolution pour notre demain. L'avenir en témoignera, tout comme il pourra témoigner d'un nouveau "concept supérieur" ;-)

- NON à le HTML ne peut s’improviser --> c'est là tout l'intérêt d'un maillon de la chaîne de développement qui a été oublié : l'intégration ! une correcte intégration HTML fait la différence avec une improvisation en terme d'affichage, de temps, de régularité multiposte et de mises à jours. Et sur ces quatre raisons, les CSS sont la solution.
- NON à (il n'existe pas de) ...doc digne de ce nom à la place des traités philosophiques à deux balles --> il existe aujourd'hui des livres et des références autres que le classique de Zeldman. Pour la même somme. Et j'ajoute qu'il ne s'agit pas d'un travail que de journaliste pour se renseigner et les trouver. ;-)
- NON à toute modification (en clair tout ce qui prenait trois secondes pour décaler légèrement un tableau) peut prendre des jours --> encore une fois, mon expérience de modifications et de mises à jours (bref mon quotidien) prouve le contraire. A condition bien entendu de maîtriser l'XHTML/CSS et c'est là encore la démonstration qu'il s'agit d'un métier de professionnels, non de bidouilleurs. Un développement de projet s'apparente toujours à un marathon : les CSS apportent beaucoup de confort (une fois judicieusement en place j'en conviens !). On peut sinon s'adresser à un bidouilleur pas cher...
Juxtaposition : pourquoi passer par un garagiste pour changer le joint de culasse si on peut tenter de le faire en ouvrant le capot pour la première fois de sa vie ?

En conclusion à celle de Luc :
- La documentation existe : peu en nombre, certes, mais elle se quantifie avec le temps, la pratique et les usages.
- Il n'existe pas de méthodologie gagnante, sorte de gabarit gage de réussite : c'est toujours fonction du projet et de son expérience. Mais il existe bel et bien des règles et des conseils de codage : si cela n'est pas une sorte de méthodologie...
- Au niveau des outils AUCUN outil n'a été et n'est capable de produire du code HTML propre. Pas la peine d'en espérer un pour le standard (on verra si demain me donne raison). Les meilleur outils restent un éditeur de texte et son cerveau, les autres ne font que s'approcher d'un résultat moyen en imposant un nettoyage manuel par la suite.
- Point de magie dans les standards : il s'agit ici de technologie ;-) La seule magie reste peut-être pour l'utilisateur (le principal intéressé) qui ne verra pas la différence puisque cela est transparent : c'est derrière ce qu'il voit. Il ne ressentira que de la rapidité d'affichage (c'est discutable selon les médias publiés bien sûr).
- Enfin, je rappelle le principal objectif des standards du web : la séparation du design, de la technologie et des informations publiées. Je ne détaille pas ici les bonnes raisons de faire cette distinction, mais ça! il ne faut pas l'oublier Luc ;-)

La volonté d'aller de l'avant ne m'empêche pas de remettre en cause mes acquis. Ma motivation et ma pratique dépasseront les premiers pas difficiles de l'apprentissage.
Ce qui compte reste la satisfaction client, sans ruiner son portefeuille, en réponse aux attentes de l'utilisateur. Après tout est question de choix.

Mise à jour :
- 08/09/2005 : réaction clairvoyante du lendemain, après hésitations, par Raphaël Goetter sur son blog.
- 08/09/2005 : mise au point calme et posée de Tristan Nitot, ami de Luc, sur les propres propos triés et résumés du "Trolleur" (?)
- 14/09/2005 : Le lien au dessus vers le billet de Luc Saint-Elie a été modifié. L'auteurdu blog a mis en place une redirection selon le referrer qui vous amène gentillement vers un site d'une grande marque de divertissment américaine ! Je fais partie de la liste des blogs bloqués. Les commentaires et trackbacks y ont été également supprimés. FIN définitif de l'épisode !

Merci à Neokraft, pour m'avoir permis de découvrir à chaud ce débat

12 commentaires sur cet article De “Déçu par les standards du web ?”

  1. Christophe 7 septembre 2005 à 15 h 00 min

    Réponse de Daniel Glazman, qui prend "Saint-Elie" certes un peu de haut mais au moins ça a le mérite d’être clair.

    http://www.glazman.org/weblog/do...

  2. Eric 7 septembre 2005 à 15 h 05 min

    Autrement dit la conception web, jadis à la portée de tous, devient un truc élitiste pour informaticiens prétentieux ? On est loin des idéaux du "libre", là…

  3. Christophe 7 septembre 2005 à 15 h 21 min

    C’est clair ;-) Combien même ils ne seraient pas prétentieux ! Faut simplement que Luc admette que tout ne se fait pas rapidement : un peu d’apprentissage, de camboui, c’est la vie de Canddy !

  4. Monique 7 septembre 2005 à 15 h 29 min

    Bonjour,

    @Eric : Il faut distinguer les projets professionnels (le plus souvent de gros projets complexes) des sites personnels (ce qui n’a rien de péjoratif, loin de là)… Luc Saint-Elie parle d’un contexte professionnel, il me semble.

    Pour les amateurs il y a des blogs et des CMS simples à mettre en oeuvre, demandant peu ou pas de connaissances de programmation et souvent soutenus par une communauté très active (documentation, forums d’aide).

    Il y a aussi Nvu, l’éditeur WYSIWYG, doté lui aussi d’une bonne documentation et d’un forum d’aide. S’il n’est pas (encore ?) adapté à une grosse production professionnelle, il permet de produire (facilement avec un minimum d’apprentissage) des pages de qualité et est idéal pour tout amateur qui a des choses intéressantes à partager et à publier sur le Net !

    Amicalement,
    Monique

  5. Christophe 7 septembre 2005 à 15 h 48 min

    Monique, j’en profite pour relancer votre proposition sur une contribution concernant les étapes historiques de la mise en place des standards en Belgique ;-)

  6. Blog A Brac 7 septembre 2005 à 16 h 02 min

    Les standards du Web en question …

    … provoque l’effervescence dans la blogosphère depuis ce matin. Un billet de Luc Saint-Élie publié (à chaud dixit son auteur) sur son blog (excellent par ailleurs), Quelques pensées matinales sur les “standards du web”, lu…

  7. Monique 7 septembre 2005 à 16 h 09 min

    Je prépare ça, Christophe ;-)

    Amicalement,
    Monique

  8. The Blazouf Blog 8 septembre 2005 à 4 h 02 min

    Luc Saint-elie s’en prend plein la gueule

    Comment ? Vous ne connaissez pas Luc Saint-Elie ? Le premier podcasteur français (comme ca vous savez qui c’est) viens de déclencher un tempête comme il les aime. Il faut dire qu’il n’a pas sa langue dans sa poche, et qu’il a un style « rock ‘n roll »…

  9. FLR 8 septembre 2005 à 15 h 39 min

    Très bon commentaire très honnête, bravo!

    Mais c’est une erreur de séparer les utilisateurs des créateurs. les utilisateurs doivent pouvoir être des créateurs, et avant même d’être bien conçus, le sstandards doivent être faciles à utiliser. C’est cette qualité qui fait le vrai succès des technos. C’est aussi une façon de contribuer à rendre les hommes libres.

    Je reviendrai sur ce Blog de qualité. Amitiés.

  10. Christophe 8 septembre 2005 à 16 h 29 min

    @FLR : Tout à fait !

    Je faisais allusion à des projets professionnels, non personnels, puisqu’il s’agit ici du thème abordé par Luc. Thème initial, je dois l’admettre, qui a changé en 48h de tumultueux commentaires et justifications ;-)

    Sincèrement, je pense qu’aujourd’hui le ‘strict’ n’est pas à la portée du développement web par un particulier. En revanche le particulier peut dès aujourd’hui s’appuyer sur des outils standards prêts à l’usage : les weblog en sont l’exemple. Dans ce cas le particulier s’attaquent plus à l’apport de contenus qu’à du développement web.

    La démocratisation des outils, des documentations et des usages (et là c’est que disait Luc Saint-Elie) permettra au particulier de développer en standard. Mais ce n’est pas pour aujourd’hui, ni pour demain…

    Pour terminer, je connais des particuliers que l’on forme de suite au ‘strict’ : vierges de tout développement passé, ils apprennent alors bien vite et c’est tout à leur honneur et à celui du web. Parmis ces particuliers en formation, certains progressent plus rapidement pendant que les autres restent des ‘amateurs’ sans maîtrise. L’oeil et la réflexion s’aiguisent chez certains pendant que d’autres se contenteront de bidouiller gentillement – et cela ne fait pas de mal ou de tort ! Il restera, je pense, la différence entre le pro et le particulier, tous deux ‘utilisateurs’ du web.

    A bientôt donc ! You’re welcome.

  11. ach 9 septembre 2005 à 11 h 47 min

    Je travail actuellement avec mon collègue sur 3 e-commerces sur mesure en xhtml-strict/css. Nous séparons le travail dev/php/mysql et design/css/xhtml. Notre processus de fabrication s’affine et devient de plus en plus performant. J’ai quelques problèmes de bug IE que je résous au fur et à mesure mais honnêtement il n’y a pas à faire un fromage sur le sujet. Le xhtml/css c’est le sens du fil de l’eau, ceux qui veulent rester à des techniques plus anciennes y viendront plus tard.

    Moi, j’ai choisi la séparation du fond et de la forme par ce que je trouve cette solution beaucoup plus logique. Cette technique n’est pas vraiment compliquée, elle demande plus de rigueur et un peu plus de temps de fabrication pour les sites dont le design est plus complexe. Je pense que le petit " cousin " qui fait du html depuis quinze jours et qui fait le site de son oncle qui vend des meubles va avoir des difficultés à passer aux standards du web. Les professionnels vont ou sont en cours de transition. Les standards du web sont un bon moyen de faire la séparation entre des productions web professionnelles, industrialisées et les sites amateurs avec du html dégueulasse. Bien entendu, les standards ne sont pas encore arrivés à maturité, il manque des tas de choses dans le css pour améliorer la mise en page et la créativité du designer, il manque une compatibilité css plus efficace entre navigateur (qui dépend en grande partie de la politique Microsoft pour l’avenir des standards sur IE)… mais ça viendra en son temps et ça nous promet de belles avancées technologiques et du travail de mise à niveau pour les professionnels.

  12. NiCoS' Blog 10 septembre 2005 à 1 h 44 min

    De la maturation de la blogosphère…

    Les standards ne sont pas une fin comme certains le pensent ou le laissent croire mais bien un moyen pour fournir un web plus riche, plus accessible, etc.

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