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Appel d’offre et compétition : allons-nous nous calmer ?

Golf : allez, faut bien viser !

Les dernières agitations du côté d'Eric, précisant son refus de participer aux AO publics, et les discussions que nous menons en ce moment en interne, m'invitent à rédiger ce billet sur ce sujet interrogatoire !

Tout le monde sait que le service public et l'administration émettent d'incessants appels d'offres ("AO") ; mais voici ce que l'on oublie de dire de manière générale en ce qui concerne précisément les compétitions du secteur de la communication et des projets interactifs :

1/ le document de la demande, à défaut d'un cahier des charges, est un torchon vide : 80% de "qui sommes-nous / notre philosophie" et 20% de "faîtes un site". La mission à réaliser est peu clairement détaillée, ne permettant pas une quantification précise du travail à réaliser alors que l'engagement portera tout de même sur le devis à apporter. Certains blogs pros invitent justement à plus de rigueur sur ce document crucial, pour répondre à l'effet 'lettre au Père Noël' en article sur Clever Age. Nous connaissons des exemples d'AO émis qui n'ont eu dernièrement aucune réponse (motus).

2/ les interlocuteurs-décideurs (souvent trop nombreux) sont peu formés à nos métiers, ce qui n'est pas forcément une faute directe de leur part ou de leur hiérarchie... mais c'est un constat véritablement pénalisant quand cela est le cas, renforçant le côté "injuste" des décisions.

3/ les desiderata pour la compétition sont sur-évalués (sans parler des documents administratifs obligatoires où il faut se mettre à poil sur les 3 dernières années !).

4/ les décisions finales se font trop souvent PAR le prix et/ou POUR les connaissances (mais comme il est obligatoire de faire un AO au-delà d'un certain montant, il est tout de même émis même si tout est joué à l'avance).

5/ les efforts passés à répondre sont une pure perte de temps et d'argent : 99% des AO et des compétitions n'indemnisent même plus les 2 ou 3 finalistes.

OK. Aie ! Ouille !
Aujourd'hui hélas ce constat est également valable pour le secteur privé qui a pris la fâcheuse habitude de mettre en compétition les agences pour quasiment tout projet, y compris les plus petits ! Solution de facilité : il suffit d'attendre les réponses créatives et de vérifier si en plus un candidat fort affamé est 'hyper-pas-cher' !

-- Que nous réserve l'avenir ? --

A terme je pense que se mettra progressivement en place une purge tout à fait légitimée.
Les agences à fort potentiel refuseront d'être mises systématiquement en compétition alors que les administrations connaissent leur valeur et leur savoir-faire. J'en ressens déjà le cas actuellement devant cette frénésie des concours.
Ces même agences refuseront également toute nouvelle compétition : trop risqué et manque de temps à y consacrer (car après tout ce sont des bonnes boîtes, donc avec beaucoup de travaux déjà en cours et à venir) ;
Les annonceurs (privés comme publics) auront de moins en moins de réponses, ou alors seulement celles de sociétés plus modestes, voir de free-lances qui n'ont pas les même moyens d'absorption. Les annonceurs participeront donc à la purge d'un système auquel ils ont contribué.
Les moins doués des candidats répondront aux compétitions jusqu'à épuisement, physique et financier, car il faut bien rappeler que le taux d'échec est élevé donc peu rentable par rapport aux jours (et aux nuits) nécessaires.

-- Conclusion --

Optimisme ; toujours de l'optimisme ! Si je me base sur ma théorie à venir, devant la médiocrité des réponses ou de la baisse du nombre de candidats, j'ose espérer que le marché devienne plus raisonnable en cessant systématiquement la mise en compétition et en privilégiant les appels qualitatifs à candidatures. Voilà, c'est dit ! Les meilleurs gagnent toujours :)

3 commentaires sur cet article De “Appel d’offre et compétition : allons-nous nous calmer ?”

  1. Christophe R. 7 septembre 2007 à 21 h 22 min

    J’ose dire que vous êtes en train de vivre la phase dure du libéralisme comme exposée dans sa formule classique, qui, je le rapelle au moins initiés, à été décortiqué au 18ème siècle. La purge c’est souvent l’angoisse, il faut s’accrocher à ses principes pour ne pas partir avec l’eau du bain car la pression peut-etre fortes et il faut se démarquer pour pouvoir éviter les lames de fonds.

    Il y a beaucoup de questions qui se posent sur la légitimité des appels d’offres et leur procédures, ce n’est pas valable QUE dans la communication, c’est également le cas pour tous les équipements et prestations diverses.

  2. La Blonde 22 septembre 2007 à 13 h 39 min

    Je ne réponds pas moi même directement à des appels d’offre mais j’y collabore parfois en partenariat avec une agence pour laquelle je travaille souvent. Les cinq points que tu exposent sont tout à fait justes et c’est ce qui décourage souvent de répondre correctement voir répondre tout court.

    Pour ma part, je rajouterai un autre inconvénient, qui n’est pas systématique mais tout de même courant. Certaines administrations lancent un appel d’offre alors que les jeux sont déjà faits. Le candidat est déjà choisi est c’est purement par obligation qu’il est mis en concurrence avec les autres. Dans d’autres cas, on s’arrange pour choisir un candidat plutôt qu’un autre pour certains critères alors qu’il a d’autres gros défauts par ailleurs.

    Une mission de consultant m’a été confiée il y a quelques années par un organisme public qui avait lancé un appel d’offre pour la réalisation d’un site internet. Cet organisme avait reçu 14 candidatures et avait besoin d’un professionnel pour mieux comprendre les propositions et connaître les avantages et inconvénients de chacun des candidats. Après trois jours de déchiffrage des réponses et après avoir dressé un tableau comparatif très détaillé, la personne responsable de la communication de l’organisme en question m’a demandé de modifier mon analyse afin de faire « remonter » un candidat en tête alors qu’il n’était pas dans les cinq premiers. Ce candidat ne proposait pas du tout une structure technique satisfaisante mais les designs de sites présentés dans le portfolio de leur site plaisaient vraiment au responsable qui à préféré se baser sur ce seul critère.

    Voilà pour ma petite expérience ;-)

    P.S. : C’est normal que le texte des champs du formulaire de commentaire soit blanc ? On ne voit pas se que l’on tape :-(

  3. Christophe C 24 septembre 2007 à 10 h 34 min

    Cet inconvénient supplémentaire est en fait implicite à mon point 4/ Par contre j’ai effectivement oublié de citer l’exemple du webdesign qui plait alors que la technologie proposée n’est pas adaptée, ou vice-versa. Il m’est arrivé personnellement de voir mes interfaces en ligne alors que curieusement l’agence pour laquelle je travaillais était arrivée seconde… Sur ce cas de figure précis, nous avons décidé d’éviter le conflit tout en le soulignant fortement auprès des interlocuteurs. Nous avons également placé le projet en références webdesign, même si nous n’avions pas été retenus :)

    PS : CSS des champs texte corrigé ! merci.

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